Samedi 28 avril 2007

Non vraiment rien ne va plus au centre! On connaissait et appréciait relativement l'Euro-fédéralisme convaincu de François Bayrou, mais on ignorait jusqu'alors son Euro-américanisme politique.

Fort de son score remarquable du premier tour des présidentielles, et avec, dans ses bagages, le rêve d'un grand mouvement du centre décomplexé des clivages traditionnels gauche/droite, il a annoncé lors de sa conférence de presse de l'entre-deux tours, la création prochaine d'un grand parti démocrate français. Et c'est là que le bât blesse.

Chacun s'attendait au changement structuro-paradigmique de l'U.D.F. dernière génération vers une orientation plus Europe nouvelle; tous s'attendaient à une ouverture franche vers la social-démocratie; mais le résultat fût cette annonce de création du parti démocrate.

Il est difficile, avec une telle appellation, de ne pas imaginer les machineries politiques républicaines et démocrates états-uniennes. Pourtant la nuance entre les démocrates américains et les sociaux-démocrates européens est grande. Ces derniers, issus d'une mouvance historiquement à gauche, revendiquent leur appartenance à une idée sociale en matière de politique économique; ce n'est pas le cas des démocrates américains qui ne sont nécessairement, ni des gens de gauche, ni issus d'une idéologie sociale forte.

Alors pourquoi Bayrou a-t-il choisi, non sans réflexion, le terme de démocrate?

La social-démocratie européenne, déjà pourtant suffisamment souple et complaisante avec le marché libr-échangiste, semble être encore trop à gauche pour lui; ou du moins encore trop sous la croupe des pressions gauchistes coupables des blocages

Quand François Bayrou critique le surplus de Services Publics, même lorsque ceux-ci ont une fonction essentielle, et qu'il encourage l'Union Européenne et la Commisssion dans sa politique de démantellement progressif et d'ouverture à la concurrence, il est pleinement dans cette vision démocrate et non social-démocrate.

Finalement, l'objectif de François Bayrou ne serait-il pas de recentrer à droite toute la social-démocratie européenne, afin d'en écarter les influences néfastes des communistes, des écologistes, des alter-mondialistes et des anti-libéraux ? Un vrai rêve américain !

Prends-garde François! Le rêve n'est parfois que l'illusion d'un vote.

Jeudi 12 avril 2007

Nicolas Sarkozy adhère-t-il au prédeterminisme ? C'est bien là la question essentielle à se poser suite à ses déclarations plutôt claires, car réitérées, sur l'existence supposée, voire ouvertement discutable, d'un gène lié aux pratiques pédophiles et d'un gène lié à la fragilité psychique des jeunes suicidaires.

 Il est vrai qu'il avait déjà posé les prémisses d'un raisonnement pseudo scientifique avec sa proposition de loi incitant au tri criminogène dès la petite enfance, mais alors on ne comprenait pas très bien, si ce n'est  ses motivations, la genèse de son inspiration.  Aujourd'hui on comprend mieux ses fondements idéologiques.

Nicolas Sarkozy, lui-même, a lancé le débat sur l'inné et l'acquis, sans doute aurait-il dû s'abstenir. En effet, le candidat ump nous expose des conclusions révelatrices de sa dangerosité, sur les questions délicates de la pédophilie et du suicide des jeunes (deux sujets sur lesquels l'opinion publique n'a que peu de réponses) dont le fondement scientifique est vivement démenti. Nous pouvons aller plus loin et dire que même en acceptant son idée démagogique de liberté de raisonnement,  il est des sujets dont les réponses apportées par la science sont suffisament acceptables pour ne pas nécessiter d'ouverture médiatique dans un but, au mieux essentiellement populiste, au pire eugéniste ou socio-biologiste.

Sur les deux domaines évoqués par Nicolas Sarkozy les réactions des spécialistes sont identiques:  que ce soit en science dure où les généticiens démontrent formellement l'inexistence de tels gènes, et en science molle où les sociologues démontrent de façon quasi indiscutable que seul le social est à l'origine des actions et des pensées de ces individus1.

On ne s'étonne plus des prises de position populistes de Nicolas Sarkozy qui troublent l'opinion publique, notamment sur la question sociale et les citations incessantes aux pères du socialisme français, sur la question américaine et la place de la France au sein de la diplomatie internationale, sur la question économique et le libéralisme protecteur, sur la question des OGM et du non respect du principe de précaution... Mais après ce nouveau palier, il y a vraiment de quoi se poser des questions, s'inquiéter même : Le grand Sarkozy, armé de son seul sens commun, se permet alors de défier des années de recherches scientifiques, et de semer le doute auprès de l'opinion publique qui rencontre ici les premières lueurs d'un processus de désinformation progressif.

La France qui a toujours été à la pointe mondiale de la protection en matière de bioéthique et dont les spécialistes sont reconnus universellement, pourrait, avec l'entrée aux responsabilités du président de l'UMP, entamer un virage dangereux et sans précédent dont nul ne peut prétendre connaitre les effets sur notre société.

 

 

1: On peut citer pour illustrer ce propos " le suicide" d'Emile Durkheim, 1897.

 

 

 

 

Mercredi 11 avril 2007

Les douze candidats

Au delà de cette vitrine de personnalités, certaines questions essentielles sont occultées, dont notamment, la réforme institutionnelle.

Tous criaient au scandale de l'épuisement du système lors de la crise du CPE et des vagues d'EADS, mais lequel, ou laquelle, osera franchir le seuil de la porte de la V ème République ? Peu se prononcent là dessus.

On sait que Nicolas Sarkozy défend un système présidentiel à l'américaine renforçant les pouvoirs déjà énormes du chef de l'Etat. Bayrou, lui en maître de l'alliance du choux et de la chèvre, préconise un régime présidentiel où régnerait l'équilibre entre plus de pouvoir pour le chef de l'Etat et plus de pouvoir pour le parlement. Ségolène Royal, quant à elle, promet une réforme à venir, en préparation, elle nous lache quotidiennement quelques bribres sur son équipe en train de préparer le terrain de la discussion, pour autant elle écarte peu à peu Montebourg le médiatique gaffeur, pourtant talentueux défenseur d'une VI ème République basée sur un système parlementaire fort symbole de l'enracinement du PS dans une gauche fidèle au peuple de gauche. 

Force est de constater que, même dans la ségosphère, la politique se fait par le haut. Drôle d'adaptation de la démocratie participative !!

Mardi 10 avril 2007

En abordant le XXIème siècle, le socialisme s’est heurté à une crise identitaire profonde. Les bouleversements géopolitiques d’une part et la globalisation économique d’autre part ont eu pour conséquence directe qu’il  se retrouve face à ce que certains ont pu appeler la fin des idéologies[1].

 Les peuples ne se reconnaissent plus dans une idéologie de masse désireuse de changer le monde mais subissent, résignés, les assauts du système oppresseur.

 En même-temps que la classe ouvrière perdit ses caractéristiques de marge, ce qui la rendait révolutionnaire, est née une nouvelle marge. La marginalité actuelle, rien ne permet de la définir en tant que classe, puisque les critères traditionnels, en particulier la place occupée dans le processus de production, ne s’appliquent surtout pas à elle qui ne veut rien avoir à faire avec cette production et son système de rapports sociaux. [ ... ] Cette marginalité est nulle part c’est à dire partout, poussée à conquérir sans cesse de nouveaux espaces vitaux. [2]

 Celle-ci est le fruit de la propagande bien-pensante du porte-parole unique de l’humanité: le capitalisme.

 Le capitalisme a imprégné les esprits populaires d’une inconsciente approbation à ses théories ainsi que d’une léthargie et d’une passivité à réagir.

 Il faut réveiller la France et c’est tout l’enjeu [3]; l’abrutissement des masses est un phénomène offensif et sauvage d’asservissement,  autant par la pensée unique qu’il suscite, que par la surconsommation qu’il entraîne.

 Nul n’est capable de dire aujourd’hui qu’il ne subit pas, en tout ou partie, cet individualisme.

 Le capitalisme n’a jamais constitué  un projet collectif en soi. Pour donner l’impression d’une cohérence, l’axe du bien[4] agit comme un groupe de thérapie à échelle universelle dans lequel l’émotion collective est poussée à son paroxisme. Il instrumente la religion pour pallier le déficit idéologique entraîné par la fin de la guerre froide et la chute du bloc soviétique. Il délègue la misère et l’exclusion, provoquées par l’application de son économie sauvage, à la charité et à la mendicité, comme dans les périodes les plus sombres de notre Histoire.

 Est-ce cela la liberté ?

 Le socialisme a représenté dans le siècle passé tout ce que notre société comptait d’avancées sur le plan de la démocratie, de progrès social, de libertés.

 Notre planète, elle-même, appelle au secours pour se défaire de l’engrenage mortel de l’industrialisation qu’elle subit jour après jour.

 L’intérêt du marché n’est pas d’ordre public!

 Face à cette complexification de l’échiquier mondial, le socialisme se perd.

 La cassure s’est faite dans un premier temps entre socialistes et sociaux-démocrates.

 L’émergence de la social-démocratie marque le point de départ d’un glissement idéologique qui a provoqué un changement de paradigme. La théorie social-démocrate nait d’une dichotomie: activer la croissance par une économie de marché concurrentielle performante et maintenir un niveau « raisonnable » de protection sociale aux travailleurs.

 En Allemagne, le Parti Social Démocrate (S.P.D.) abandonna, dès 1959, toute référence au marxisme et à la lutte des classes au profit de l’économie sociale de marché[5]. Cette opposition binaire, consistant à avaliser l’économie libérale de marché en maintenant des minima sociaux faibles, creuse un véritable fossé avec le socialisme traditionnel français, qui, dans un débat jamais clôturé entre réforme et révolution, développa une stratégie de rupture avec le capitalisme. En effet, gardant en mémoire l’idée que la réforme avait une valeur révolutionnaire et conduisait au socialisme[6], le Parti Socialiste français s’est lui considéré comme un parti révolutionnaire qui se fixait pour objectif le bien commun[7]. Mitterand conceptualisa l’idée en énonçant la révolution, c’est d’abord la rupture. Celui qui ne consent pas à la rupture de l’ordre établi, cela va de soi avec la société capitaliste, celui-là, je le dis, ne peut pas être adhérent au P.S.[8] Dans les années 1980, Miterrand persista dans cette stratégie de rupture, malgré les oppositions fortes ( N.D.L.R Rocard ), dans l’optique d’un réformisme au service des espérances révolutionnaires. Les réformes sociales et les nationalisations prouvent cette volonté de rupture.

 Fabius déclarait entre le marché et le rationnement, il y a le socialisme, Jospin, lui, parlait de transformer graduellement le système économique[9].

 Subissant les coups de la globalisation économique des années 1990, le socialisme français s’est vu confronté, depuis, à un choix « mou », entre réformisme du possible et réformisme de l’utopie.

 Parallélement, la social-démocratie s’est dirigée vers un nouveau courant de troisième voie[10];

 Historiquement, la troisième voie, respectivement au Royaume-Uni - third way- et en Allemagne - die neue mitte-.

 Cette opposition paradigmatique se ressent désormais sous la forme de blocs[11] au sein de l’Union Européenne.

 Le compromis est difficile entre le modèle Anglo-saxon d’un côté, parmi lesquels on peut trouver l’Irlande, dont la prospérité éclair masque les réalités sociales, certains nouveaux Etats-membres issus d’Europe centrale et de l’ouest à qui le capitalisme fait tourner la tête et où le populisme grimpant et les nationalismes commencent à inquiéter; et d’un autre côté le modèle social européen défendu timidement par la France, l’Allemagne bien que l’arrivée d’Angela Merkel ne laisse en rien pressentir quelque chose de positif sur ce plan, l’Italie qui est toujours sous l’emprise d’un Berlusconi fantasque et imprévisible ( mais jusqu’à quand?) et l’Espagne qui est sujette aux hésitations permanentes d’un zappaterro très « rôse pâle ».

Jaurés disait « il faut aller à l’idéal mais comprendre le réel ».

 Il est nécessaire d’envisager un nouvel horizon pour la France[12] et l’Europe, qui se voudra, d’une part, critique envers le capitalisme et envers le libéralisme économique et, d’autre part, effectivement applicable.

 Le socialisme français doit renouer avec les principes qui ont fait sa force et notamment avec celui de rupture. Il ne faut pas perdre de vue le véritable adversaire, le seul, car tout passe par lui; c’est celui qui tient les clés, celui qu’il faut déloger, c’est le monopôle, toutes les puissance de l’argent [roi]; cet argent qui tue, qui achète, qui pourrit jusqu’à la conscience des hommes[13].

 Des alternatives existent; le socialisme doit alors se muer en une idéologie moderne de progrès capable d’envisager une économie nouvelle génératrice de croissance, soucieuse de l’avenir de l’Homme et de son environnement.

 Le socialisme se doit de prendre des positions conformes à sa tradition. Il n’a pas d’avenir s’il ne porte pas les espoirs des mouvements qu’il a engendré tels que les mouvements écologistes, régionalistes, féministes, pacifiques ou encore autogestionnaires.

 Il n’a pas d’avenir non plus sans accord avec les communistes. Sans le P.S., le P.C. est impuissant; sans le P.C., le P.S. est infidèle à ses idéaux.[14]

 Mais il n’aura, enfin,  pas d’avenir du tout, sans l’appui d’une majorité large de français allant des classes populaires aux classes moyennes.

 C’est là qu’intervient la pensée néo-socialiste moderne. 2007 est là, et le Parti Socialiste se cherche. Pourtant il est nécessaire, pour éviter l'effondrement de notre modèle social, que nombre d'observateurs avertis considèrent comme inéluctable si Sarkozy prend les rennes du pouvoir, que les difficultés puissent commencer.[15]  

Le néo-socialisme n’a pas la prétention de faire sortir la France du type de société dans laquelle nous vivons, il veut seulement la transformer, l’améliorer et supprimer les abus, faire disparaître les inégalités, en conservant, en rétablissant et en étendant les libertés[16].


 

[1] thème courant dès le milieux des années 80, avant même l'effondrement de l'Empire soviétique: à partir de cette époque, on sentit en effet que les deux "idéologies", communiste et libérale, qui avaient chacune sa superpuissance, son "camp" et son armée de fidèles, de convaincus et de gouvernements amis entretenus, ont commencé à montrer des signes d'essoufflement. À chaque réchauffement des relations entre les deux supergrands, à chaque retour de la "détente", l'idée d'une convergence des idéologies refaisait jour, promue par des esprits tels Maurice Duverger en France et John K. Galbraith aux États-Unis. 

   

   

   

   

   

   

   

   

   

   

   

   

   

   

   

   

   

   

   

   

   

   

   

   

   

   

   

   

   

   

      

[2] manifeste du groupe Vital Michalon, France-soir et Le Monde, 15 juillet 1978

[3] Michel Rocard cité par Ph. de Commines, Les 180 jours de Mitterand, belfond, 1978

[4]

[5] Congrès de Bad Godesberg, 1959.

[6] J.Jaurès, congrès de Toulouse, 1908.

[7] Congrès d’Alfortville, 04 mai 1969.

[8] Mitterand, discours au congrès d’Epinay, 1971.

[9] Motion L.Jospin, congrès de Valence, 25 octobre 1981.

[12] M.Charzot, « un nouvel horizon pour la France », propose un rapport critique avec le capitalisme

[13] Mitterrand, discours prononcé lors du congès d’Epinay, 1971.

[14] Ph de Commines, Les 180 jours de Mitterand, belfond, 1978.

[15]  « enfin les difficultés commencent », parole du dirigeant socialiste Bracke, saluant à sa manière la victoire du Front Populaire en 1936.

[16] vous reconnaitrez là quelques intonnations des propos de G.Defferre à propos du programme commun P.S.-P.C. du premier gouvernement de la gauche de 1978.

Créer un blog sur over-blog.com - Contact - C.G.U. - Rémunération en droits d'auteur avec TF1 Network - Signaler un abus